C'est à Paris, un après-midi d'automne, que j'ai rencontré Maria pour la première fois. J'étais alors étudiant à l'école hôtelière, et je m'étais lié d'amitié avec une élève. Je passais tous mes week-ends chez ses parents, dans le seizième arrondissement, et sa mère m'emmenait souvent prendre le thé à Saint-Germain-des-Prés.
Cet après-midi-là, nous étions chez Mariage Frères, dans le Marais. Je venais de commander un thé blanc au jasmin quand je l'ai entendu pour la première fois : « Un bel dì vedremo », de Puccini. La voix de Callas emplissait tout le salon. Cette tessiture m'a bouleversé.
Je n'avais pas les mots pour dire ce qu'elle venait de faire naître en moi. Mais le soir même, je m'offrais Madame Butterfly, et Maria Callas ne m'a plus jamais quitté.
Pendant que mes amis écoutaient du hard rock, je faisais entrer Callas dans ma vie. De Turandot à Norma, de Gianni Schicchi à Il Trovatore, chaque opéra qu'elle a interprété devenait grandiose : son timbre, ses gestes, son regard tendu vers le public.
Depuis longtemps, je voulais mettre en peinture les opéras qu'elle avait chantés, et donner à voir cette cantatrice que Leonard Bernstein appelait « la Bible de l'opéra ».
En mai 2013, j'ai commencé à réunir un livret sur elle : entretiens, photos, films, sa vie, son amour perdu pour Onassis. De quoi nourrir cette passion.
Toutes ces arias mêlées dans ma tête, je me suis mis à peindre l'univers des opéras dans mon atelier. Les scènes de la Diva devenaient des fragments d'opéra sur mes toiles de lin, travaillées en relief : j'utilisais notamment de la poussière de ciment sur des feuilles de papier à dessin.
En juin 2013, la première peinture inspirée d'un opéra a vu le jour. Ont suivi trois années de création.